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Le raffinage du pétrole : du brut aux carburants

Le raffinage du pétrole transforme un brut presque inutilisable tel quel en carburants et en produits. La raffinerie le chauffe pour séparer ses constituants par température d'ébullition, casse les molécules lourdes pour en faire des carburants, retire le soufre et ajuste les qualités. D'un baril de 159 litres sortent environ 75 litres d'essence et 55 de gazole dans une raffinerie américaine, davantage de gazole en Europe. La marge de raffinage, écart entre le prix des produits et celui du brut, est le maillon oublié entre le baril et la pompe.

Mis à jour le 9 octobre 2026 · Dossier Le pétrole expliqué

Pourquoi raffiner

Le brut est un mélange de milliers d'hydrocarbures aux propriétés très différentes, du gaz aux goudrons. Un moteur à essence exige des molécules légères et résistantes à l'auto-allumage (indice d'octane) ; un moteur diesel des molécules plus lourdes qui s'enflamment facilement sous compression (indice de cétane) ; un réacteur d'avion un kérosène qui ne gèle pas à −47 °C ; une route un bitume qui ne coule pas. Le raffinage sépare, transforme et purifie pour obtenir ces produits aux spécifications fixées par les normes européennes (EN 228 pour l'essence, EN 590 pour le gazole, 10 mg/kg de soufre au maximum).

Les étapes

1. La distillation atmosphérique

Le brut est chauffé à environ 350-400 °C et injecté au bas d'une colonne haute de 50 mètres. Les vapeurs montent et se condensent à des hauteurs différentes selon leur température d'ébullition : gaz et GPL en tête, puis naphta et essence, kérosène, gazole, et au fond le résidu atmosphérique, qui ne s'évapore pas sans se décomposer.

2. La distillation sous vide

Le résidu est redistillé sous pression réduite, ce qui abaisse les températures d'ébullition : on en tire des distillats lourds (bases pour huiles, charge pour le craquage) et un résidu sous vide, destiné aux fiouls lourds, au bitume ou au coke.

3. La conversion : le craquage

La distillation seule donne trop de produits lourds et pas assez de carburants. Le craquage catalytique (FCC) casse les grosses molécules des distillats lourds en essence et en GPL à l'aide d'un catalyseur à 500 °C ; l'hydrocraquage fait de même sous pression d'hydrogène et produit surtout du gazole et du kérosène très propres ; la viscoréduction et la cokéfaction traitent les résidus les plus lourds. Plus une raffinerie a de conversion, plus elle peut traiter des bruts lourds et bon marché : c'est sa « complexité », mesurée par l'indice Nelson.

4. L'amélioration et la purification

Le reformage catalytique transforme le naphta en aromatiques à haut indice d'octane et produit l'hydrogène nécessaire ailleurs ; l'isomérisation et l'alkylation fabriquent d'autres composants d'essence. L'hydrodésulfuration retire le soufre de toutes les coupes en le combinant à l'hydrogène ; le soufre récupéré est vendu à l'industrie chimique. Enfin le mélange (blending) assemble les composants pour atteindre les spécifications, et incorpore les biocarburants (éthanol, EMAG, HVO).

Ce qu'on tire d'un baril

ProduitRaffinerie type États-Unis (litres par baril)Tendance en EuropeUsage
Essence≈ 72 à 76Moins (exportée)Voitures
Gazole et fioul domestique≈ 45 à 50Plus (et importé)Camions, voitures diesel, chauffage, agriculture
Kérosène≈ 15SimilaireAviation
Fioul lourd≈ 5SimilaireNavires, centrales
GPL≈ 7SimilaireBouteilles, carburant GPL, chimie
Naphta pour la chimie≈ 3 à 8PlusPlastiques
Bitume, coke, lubrifiants, divers≈ 12SimilaireRoutes, sidérurgie, moteurs
Le total dépasse 159 litres : le raffinage « gonfle » le volume de quelques pour cent, les produits étant moins denses que le brut (le « gain volumétrique »). Les proportions dépendent du brut (un brut léger comme le Brent donne plus de carburants qu'un brut lourd) et de la configuration de la raffinerie. L'Europe, qui a favorisé le diesel pendant trente ans, produit trop d'essence (exportée vers l'Afrique et les États-Unis) et pas assez de gazole (importé de Russie jusqu'en 2023, puis des États-Unis, du Moyen-Orient et d'Inde).

La marge de raffinage

Le raffineur achète du brut au prix du Brent daté et vend des produits aux cotations de Rotterdam : la différence, la marge brute de raffinage (« crack spread »), couvre les coûts d'exploitation (énergie, surtout) et rémunère l'investissement. Elle est d'ordinaire de 5 à 15 dollars par baril pour une raffinerie européenne, mais elle a dépassé 40 dollars en 2022, quand l'embargo sur les produits russes et des arrêts de raffineries ont fait manquer de gazole : c'est ce poste, et non le baril, qui expliquait alors les 2 € le litre. Le dossier du baril à la pompe et la page composition du prix montrent sa place dans le prix du litre.

Les raffineries en France

La France comptait 24 raffineries en 1977 ; il en reste six en activité en métropole, pour une capacité d'environ 1,1 million de barils par jour, inférieure à la consommation nationale (environ 1,4 Mb/j) :
  • Gonfreville-l'Orcher (Normandie, TotalEnergies), la plus grande ;
  • Donges (Loire-Atlantique, TotalEnergies) ;
  • Feyzin (Rhône, TotalEnergies) ;
  • Port-Jérôme-Gravenchon (Normandie, Esso-ExxonMobil) ;
  • Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône, Rhône Énergies depuis 2024, ex-Esso) ;
  • Lavéra (Bouches-du-Rhône, Petroineos).
Les anciennes raffineries de La Mède (2019) et de Grandpuits (2021) ont été converties par TotalEnergies en bioraffineries qui produisent du gazole et du kérosène à partir d'huiles usagées et végétales. Les raffineries françaises traitent des bruts de mer du Nord, d'Afrique de l'Ouest, du Moyen-Orient, du Kazakhstan et des États-Unis ; leur activité est sensible aux grèves (octobre 2022, mars 2023), qui perturbent les prix à la pompe sans toucher au baril.

Raffinage et cours du pétrole

Les raffineurs sont les premiers acheteurs du brut : leur demande, qui baisse pendant les arrêts de maintenance du printemps et de l'automne, pèse sur le cours du jour ; leurs marges, quand elles sont élevées, les poussent à acheter plus de brut et soutiennent le baril. Et les stocks de produits raffinés, suivis chaque mercredi par l'EIA aux États-Unis, comptent autant que ceux de brut pour lire le marché, comme l'explique le dossier marché du pétrole.

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Questions fréquentes

Combien d'essence obtient-on avec un baril de pétrole ?

Environ 72 à 76 litres dans une raffinerie américaine, pour 159 litres de brut, le reste donnant gazole, kérosène, fioul, GPL, naphta et bitume. Les raffineries européennes produisent moins d'essence et plus de gazole.

Combien y a-t-il de raffineries en France ?

Six en activité en métropole : Gonfreville-l'Orcher, Donges et Feyzin (TotalEnergies), Port-Jérôme-Gravenchon (Esso), Fos-sur-Mer (Rhône Énergies) et Lavéra (Petroineos), contre 24 en 1977. La Mède et Grandpuits sont devenues des bioraffineries.

Qu'est-ce que la marge de raffinage ?

L'écart entre le prix des produits raffinés (cotations de Rotterdam) et celui du brut acheté. D'ordinaire de 5 à 15 dollars par baril en Europe, elle a dépassé 40 dollars en 2022 quand le gazole a manqué, ce qui a fait monter la pompe alors que le baril baissait.

Pourquoi l'Europe importe-t-elle du gazole ?

Parce que ses raffineries, conçues pour un parc automobile longtemps dominé par l'essence puis le diesel, produisent trop d'essence et pas assez de gazole pour ses camions et ses voitures diesel. La France importe près de la moitié de son gazole, longtemps de Russie, aujourd'hui des États-Unis, du Moyen-Orient et d'Inde.