Prix du pétrole et prix de l'essence : du baril à la pompe
Prix du pétrole et prix de l'essence sont liés, mais la pompe suit le baril amortie et en retard : le brut ne représente qu'un tiers environ du prix d'un litre de gazole ou de sans-plomb, les taxes plus de la moitié, et la répercussion prend une à trois semaines. Comprendre la chaîne du puits à la station permet de savoir ce qu'une variation du Brent change, et quand, sur votre plein.
Mis à jour le 9 octobre 2026 · Page de dossier
La chaîne, en cinq étapes
- Le brut. Les raffineurs achètent du pétrole indexé sur le Brent daté, en dollars, livré par pétrolier au Havre, à Marseille-Fos ou à Donges. Un baril de 159 litres à 90 dollars et un euro à 1,10 dollar font 0,51 € le litre de brut (voir le convertisseur).
- Le raffinage. Les six raffineries françaises transforment le brut en produits (voir raffinage). Le prix du gazole et de l'essence sortis de raffinerie n'est pas fixé en France : il suit les cotations du marché de Rotterdam (Platts), elles-mêmes indexées sur le Brent avec une marge de raffinage qui varie selon l'offre de produits. La France importe en outre près de la moitié de son gazole.
- La logistique et la distribution. Transport par oléoduc, dépôt, camion-citerne, puis marge de la station : quelques centimes par litre, plus pour une station d'autoroute, moins pour une grande surface qui vend parfois à prix coûtant.
- La TICPE. Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques, fixe en centimes par litre, quel que soit le prix du baril : 68,29 centimes par litre de sans-plomb 95 (E10 et E5) et 60,94 centimes par litre de gazole en métropole hors Corse, inchangés depuis 2018 (gel de la trajectoire carbone) ; une fraction régionale peut varier légèrement.
- La TVA. 20 % sur l'ensemble, TICPE comprise : une taxe sur la taxe.
La page composition du prix de l'essence chiffre chaque étape pour un litre de gazole et de SP95-E10.
Quelle part du litre dépend du baril ?
Avec un litre de gazole autour de 1,70 €, la décomposition est à peu près la suivante : brut 0,50 à 0,55 € (30 à 33 %), raffinage et marge de produit 0,15 à 0,20 €, distribution 0,10 à 0,15 €, TICPE 0,61 €, TVA 0,28 €. Les taxes représentent donc 52 à 55 % du prix du gazole et jusqu'à 60 % de celui de l'essence (TICPE plus élevée). Conséquence arithmétique : une variation de 10 % du baril déplace le prix du litre d'environ 3 à 4 %, soit 5 à 7 centimes, TVA comprise. Quand le baril chute de moitié, comme en 2014-2015 ou au printemps 2020, le litre ne baisse que de 20 à 25 % ; quand il double, comme en 2021-2022, le litre ne monte « que » de 40 à 50 %.
Le délai : une à trois semaines
Le prix du brut acheté aujourd'hui se retrouve dans le gazole vendu dans deux à quatre semaines (transport, raffinage, stockage) ; mais les distributeurs ajustent en réalité leurs prix sur les cotations de Rotterdam, qui réagissent au Brent en quelques jours. Les études de l'INSEE, de la direction générale de l'Énergie et de l'Autorité de la concurrence situent le délai de répercussion complet entre une et trois semaines. Notre propre mesure, sur les prix hebdomadaires du ministère de 2020 à 2023, donne un délai court : le prix hors taxes suit le coût du gazole sur les marchés de gros de la semaine écoulée, l'essentiel passe en une à deux semaines (méthode). Le baromètre des carburants en tire une tendance à sept et quatorze jours. Les cotations de Rotterdam ne suivent pas toujours le Brent : en 2022, les marges de raffinage du gazole ont atteint des records en Europe (plus de 50 dollars le baril contre 10 à 15 en temps normal) parce que l'embargo sur les produits russes et les arrêts de raffineries ont fait manquer de gazole alors que le brut baissait. Le prix à la pompe peut donc monter pendant que le baril recule, et inversement.
Pourquoi la pompe baisse moins vite qu'elle ne monte
L'asymétrie, appelée « rockets and feathers » (fusées à la hausse, plumes à la baisse), est débattue depuis les années 1990. Plusieurs études, dont celles de l'UFC-Que Choisir en France, mesurent une répercussion plus rapide des hausses que des baisses, de quelques jours ; d'autres, dont celles de la DGEC, concluent à une asymétrie faible ou nulle une fois les délais de stock pris en compte. Ce qui est certain : la part fixe des taxes rend toute baisse du baril moins visible qu'une hausse en pourcentage, et les stocks achetés cher se vendent avant les stocks achetés moins cher.
L'effet du change
Le brut et les produits de Rotterdam se paient en dollars. Un euro fort amortit une hausse du baril pour l'automobiliste français ; un euro faible l'aggrave. En 2022, l'euro est passé sous la parité avec le dollar au moment où le baril dépassait 120 dollars : les deux effets se sont cumulés et le gazole a dépassé 2 € le litre en mars et en juin. La page prix du baril en euros isole cet effet jour par jour.
Ce que l'État peut faire, et ce qu'il a fait
Le levier le plus direct est la TICPE : la « remise carburant » de 2022 (18 centimes TTC par litre du 1ᵉʳ avril au 31 août 2022, 30 centimes en septembre-octobre, 10 centimes en novembre-décembre) était une remise à la pompe financée par l'État, pour un coût d'environ 8 milliards d'euros. L'État peut aussi autoriser la vente à perte (demandée en 2023, refusée par les distributeurs), publier les prix (prix-carburants.gouv.fr, obligatoire depuis 2007) ou agir sur la fiscalité des biocarburants. Il ne peut rien sur le Brent ni sur Rotterdam. La page fioul montre que le fioul domestique, moins taxé, suit le baril de plus près ; la page pétrole et gaz explique pourquoi le gaz, lui, a cessé de suivre le pétrole.
Un exemple chiffré : le baril passe de 90 à 80 dollars
Supposons un Brent qui recule de 90 à 80 dollars, soit −11 %, avec un euro stable à 1,10 dollar. Le litre de brut passe de 0,514 € à 0,457 € : 5,7 centimes de moins. Si la cotation du gazole à Rotterdam suit (marge de raffinage inchangée) et que les distributeurs répercutent intégralement, le prix hors taxes baisse de 5,7 centimes, et le prix TTC de 6,9 centimes une fois la TVA appliquée à cette fraction : un litre de gazole à 1,70 € tombe vers 1,63 €, soit −4 %. La baisse de 11 % du baril devient une baisse de 4 % à la pompe. Si, pendant ce temps, l'euro recule de 1,10 à 1,05 dollar, la baisse se réduit à environ 4 centimes ; si les marges de raffinage se tendent parce que les raffineries entrent en maintenance, elle peut disparaître. C'est exactement ce que lisent les tuiles de la page d'accueil : la variation du baril sur un mois est le plafond de ce que la pompe peut rendre, pas une promesse.
Gazole, essence, GNR, kérosène : tous ne réagissent pas pareil
Les carburants ne sortent pas de la même coupe du raffinage et n'ont pas le même marché. Le gazole et le fioul domestique partagent le marché des distillats moyens avec le kérosène : une reprise du trafic aérien ou un hiver froid les renchérit indépendamment du brut. L'essence suit la saison des déplacements américains (l'été) et l'offre des raffineries européennes, excédentaires en essence. Le gazole non routier agricole, moins taxé, réagit comme le fioul. Tous ont en commun la part fixe de la TICPE, qui amortit les mouvements en pourcentage, et la TVA, qui les amplifie légèrement en valeur.
Suivre le lien au jour le jour
Le cours du Brent en euros et le prix du litre de brut sont le premier maillon ; la cotation du gazole à Rotterdam le second ; les relevés de prix-carburants.gouv.fr le dernier. Un écart durable entre la variation du baril et celle de la pompe s'explique presque toujours par les marges de raffinage ou le change, pas par la station du coin. Le dossier marché du pétrole explique ce qui fait bouger le premier maillon.