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Le marché du pétrole : qui fait le prix

Le prix du baril résulte de la rencontre d'une offre très concentrée, dont l'OPEP+ coordonne près de la moitié, et d'une demande mondiale d'un peu plus de 100 millions de barils par jour qui réagit lentement aux prix. Entre les deux, les stocks amortissent, le dollar module, la géopolitique secoue et les marchés à terme anticipent. Voici la grille pour lire un mouvement.

Mis à jour le 9 octobre 2026 · Page de dossier

Un marché de 100 millions de barils par jour

Le monde consomme un peu plus de 100 millions de barils de pétrole par jour (Mb/j), soit environ 16 milliards de litres, et en produit à peu près autant : un déséquilibre de 1 ou 2 % entre les deux suffit à faire bouger le prix de dizaines de pour cent, parce que ni l'offre ni la demande ne s'ajustent vite. Un automobiliste ne change pas de voiture quand le baril monte ; un producteur ne ferme pas un puits qui a coûté des milliards. C'est cette rigidité à court terme qui explique l'amplitude des cycles : moins de 20 dollars en avril 2020, plus de 120 dollars au printemps 2022.

Le prix que l'on cite, celui du Brent ou du WTI, se forme sur des marchés à terme (ICE à Londres, NYMEX à New York) où s'échangent chaque jour des contrats représentant plusieurs fois la production mondiale. Les acteurs physiques (compagnies, raffineurs, négociants) y couvrent leurs risques ; les acteurs financiers (fonds, banques) y prennent des positions sur la direction du marché. Le prix physique des cargaisons suit ces références avec une prime ou une décote selon la qualité et le lieu.

L'offre : trois blocs

L'OPEP+

L'OPEP (douze membres depuis le départ de l'Angola en 2024, dont l'Arabie saoudite, l'Irak, les Émirats, le Koweït, l'Iran) et ses dix alliés de l'OPEP+ (Russie, Kazakhstan, Mexique, Oman en tête) produisent ensemble près de la moitié du pétrole mondial et détiennent l'essentiel des capacités de production inutilisées. C'est le seul acteur capable de décider, en une réunion, d'ajouter ou de retirer un ou deux millions de barils par jour. Ses décisions, en avril 2020 (−9,7 Mb/j), en octobre 2022 (−2 Mb/j), en avril et juin 2023 (coupes volontaires), puis à partir d'avril 2025 (retour progressif de 2,2 Mb/j), rythment le marché.

Les États-Unis

Premier producteur mondial depuis 2018 grâce au pétrole de schiste, avec plus de 13 Mb/j de brut depuis 2023, les États-Unis forment un bloc qui ne décide rien collectivement mais réagit vite au prix : les forages ralentissent quelques mois après une baisse sous le seuil de rentabilité, et repartent après une hausse. Cette élasticité a plafonné les hausses de l'OPEP+ depuis 2015. Les stocks hebdomadaires publiés par l'EIA chaque mercredi, et surtout ceux de Cushing, sont le baromètre le plus suivi du marché.

Les autres producteurs

Brésil, Guyana, Canada, Norvège : ces producteurs hors cartel et hors schiste investissent sur des cycles longs (gisements en eaux profondes, sables bitumineux) et ont fourni l'essentiel de la croissance de l'offre hors OPEP+ depuis 2020. Les pages pays producteurs et réserves de pétrole donnent les classements et les ordres de grandeur.

La demande : Asie, saisons, récessions

Depuis 2000, la croissance de la demande mondiale vient presque entièrement de l'Asie, et d'abord de la Chine, devenue premier importateur de brut au monde ; l'Inde prend le relais dans les années 2020. Les pays de l'OCDE consomment moins qu'en 2005. La demande suit aussi les saisons : les déplacements d'été soutiennent l'essence, l'hiver le fioul et le gazole de chauffage, et les raffineries s'arrêtent pour maintenance au printemps et à l'automne. Enfin les récessions font chuter la demande d'un coup : −1 Mb/j en 2009, −9 Mb/j en 2020.

Les stocks : l'amortisseur

Les stocks commerciaux des pays de l'OCDE (environ 2,8 milliards de barils de brut et de produits) et les réserves stratégiques (dont la réserve américaine, 714 millions de barils de capacité) absorbent les écarts temporaires entre offre et demande. Quand les stocks montent, le marché est en excédent et le prix baisse ; quand ils baissent, l'inverse. Les libérations de réserves stratégiques (60 millions de barils en 2011, 180 millions aux États-Unis en 2022) sont les interventions directes des gouvernements.

Le dollar et les taux

Le pétrole est coté en dollars : quand le dollar se renforce, le baril devient plus cher pour les acheteurs en euros, en yuans ou en roupies, la demande faiblit et le prix en dollars tend à baisser ; un dollar faible soutient le baril. Les taux d'intérêt agissent aussi : ils renchérissent le stockage et les positions à terme, et pèsent sur la croissance. La page prix du baril en euros montre l'effet du change pour un lecteur européen.

La géopolitique : la prime de risque

Les deux tiers des réserves prouvées se trouvent au Moyen-Orient et en Russie ; près d'un cinquième du pétrole mondial transite par le détroit d'Ormuz. Guerres, sanctions, attaques d'installations, grèves et coups d'État ajoutent au prix une « prime de risque » qui gonfle quand la menace se précise et se dégonfle quand elle s'éloigne : Libye en 2011, Iran en 2012 et 2018, Abqaiq en 2019, Ukraine en 2022. Les chocs pétroliers racontent les épisodes les plus violents.

Les marchés financiers : l'anticipation

Les fonds et les banques ne consomment pas de pétrole, mais leurs positions sur les contrats à terme amplifient les mouvements et font réagir le prix aux anticipations : un rapport de l'AIE qui révise la demande, un indicateur chinois, une déclaration de ministre saoudien déplacent le baril de plusieurs dollars avant qu'aucun baril physique n'ait changé de main. La structure de la courbe des contrats (contango quand les échéances lointaines sont plus chères, backwardation quand elles sont moins chères) renseigne sur l'état des stocks et les attentes.

Les capacités inutilisées : la marge de sécurité

Un indicateur résume la nervosité du marché : les capacités de production inutilisées, c'est-à-dire ce que les producteurs pourraient ajouter en quelques semaines sans forer. Elles se trouvent presque toutes en Arabie saoudite, aux Émirats et au Koweït, et varient de 2 à 6 millions de barils par jour selon les coupes en vigueur. Quand elles sont élevées, comme en 2024-2025, une rupture d'approvisionnement est vite compensée et la prime de risque reste faible ; quand elles sont minces, comme en 2008 ou en 2022, le moindre incident fait flamber le baril. L'AIE et l'OPEP publient leur estimation chaque mois.

Les capacités inutilisées : la marge de sécurité

Un indicateur résume la nervosité du marché : les capacités de production inutilisées, c'est-à-dire ce que les producteurs pourraient ajouter en quelques semaines sans forer. Elles se trouvent presque toutes en Arabie saoudite, aux Émirats et au Koweït, et varient de 2 à 6 millions de barils par jour selon les coupes en vigueur. Quand elles sont élevées, comme en 2024-2025, une rupture d'approvisionnement est vite compensée et la prime de risque reste faible ; quand elles sont minces, comme en 2008 ou en 2022, le moindre incident fait flamber le baril. L'AIE et l'OPEP publient leur estimation chaque mois.

Les capacités inutilisées : la marge de sécurité

Un indicateur résume la nervosité du marché : les capacités de production inutilisées, c'est-à-dire ce que les producteurs pourraient ajouter en quelques semaines sans forer. Elles se trouvent presque toutes en Arabie saoudite, aux Émirats et au Koweït, et varient de 2 à 6 millions de barils par jour selon les coupes en vigueur. Quand elles sont élevées, comme en 2024-2025, une rupture d'approvisionnement est vite compensée et la prime de risque reste faible ; quand elles sont minces, comme en 2008 ou en 2022, le moindre incident fait flamber le baril. L'AIE et l'OPEP publient leur estimation chaque mois.

Le calendrier d'une semaine de marché

Le marché du pétrole a ses rendez-vous fixes, qui expliquent une bonne partie des mouvements de la semaine. Le mardi soir, l'American Petroleum Institute publie ses estimations de stocks ; le mercredi à 16 h 30 (heure de Paris), l'EIA publie les chiffres officiels de stocks de brut, d'essence et de distillats, de production et de raffinage américains : c'est la séance la plus volatile. Le vendredi, Baker Hughes compte les plateformes de forage actives et la CFTC publie les positions des spéculateurs. Chaque mois, l'OPEP (vers le 10), l'AIE (vers le 12) et l'EIA (début de mois) publient leurs rapports, qui révisent demande et offre ; les réunions de l'OPEP+ tombent en général en début de mois. Les jours fériés américains et britanniques réduisent la liquidité et exagèrent les variations. Le relevé du jour gagne à être lu avec ce calendrier en tête.

Lire un mouvement : la méthode

Devant une variation, quatre questions : est-ce l'offre ou la demande ? (décision OPEP+, incident, indicateur économique) ; est-ce temporaire ou durable ? (ouragan contre récession) ; les stocks confirment-ils ? (rapport EIA du mercredi) ; le dollar bouge-t-il ?. La page pourquoi le pétrole baisse ou monte applique cette grille aux causes les plus fréquentes, et la page prévisions explique ce que valent les scénarios des agences.

Les pages de ce dossier

Questions fréquentes

Qui fixe le prix du pétrole ?

Personne seul. Le prix se forme sur les marchés à terme de Londres (Brent) et de New York (WTI) par la confrontation des ordres d'achat et de vente. L'OPEP+ influence fortement l'offre, les États-Unis par leur production de schiste, la Chine par sa demande ; aucun ne fixe le prix.

Pourquoi le pétrole est-il si volatil ?

Parce que l'offre et la demande réagissent lentement aux prix à court terme : un déséquilibre de 1 à 2 % doit être résorbé par une forte variation de prix. Les stocks amortissent, mais quand ils sont pleins (2020) ou vides (2022), le prix s'emballe.

Quelle part du pétrole produit l'OPEP ?

Environ 30 millions de barils par jour de brut pour les douze membres de l'OPEP, soit un peu moins de 40 % de la production mondiale de brut ; avec ses alliés de l'OPEP+, la part approche la moitié. Voir la page OPEP.

Que sont le contango et la backwardation ?

Deux formes de la courbe des prix à terme. En contango, les échéances lointaines sont plus chères que le proche : signe de stocks abondants, le marché paie pour stocker. En backwardation, le proche est plus cher : signe de tension, personne ne veut attendre.