Les réserves de pétrole dans le monde
Les réserves prouvées de pétrole sont estimées à environ 1 700 milliards de barils, soit une cinquantaine d'années de production au rythme actuel. Le chiffre est stable depuis vingt ans malgré la consommation, parce que les réserves ne mesurent pas ce qui existe sous terre mais ce qu'il est rentable d'extraire avec les techniques et les prix du moment. À ne pas confondre avec les réserves stratégiques, des stocks de secours gérés par les États.
Mis à jour le 9 octobre 2026 · Dossier Le marché du pétrole
Ce qu'est une réserve « prouvée »
Une réserve prouvée (« 1P ») est la quantité de pétrole qu'un gisement connu permettra de produire avec une probabilité d'au moins 90 %, aux conditions techniques et économiques du moment. Les réserves « probables » (2P, 50 %) et « possibles » (3P, 10 %) sont plus larges et plus incertaines. Les ressources, enfin, désignent tout le pétrole en place, extractible ou non : elles sont plusieurs fois supérieures aux réserves. Un gisement passe des ressources aux réserves quand une nouvelle technique (forage horizontal, eaux profondes) ou une hausse des prix rend son exploitation rentable. C'est ainsi que les sables bitumineux du Canada et la ceinture de l'Orénoque au Venezuela sont entrés dans les statistiques dans les années 2000, et que les réserves mondiales ont progressé alors même que le monde brûlait 30 milliards de barils par an.
Les réserves prouvées par pays
Ordres de grandeur en milliards de barils, d'après le bulletin statistique de l'OPEP et la Statistical Review de l'Energy Institute (données de fin 2020 à fin 2023 selon les pays ; les déclarations des États ne sont pas auditées).
| Pays | Réserves prouvées (Gb) | Part du monde | Remarque |
| Venezuela | ≈ 303 | 17 % | Bruts extra-lourds de l'Orénoque, coûteux à produire |
| Arabie saoudite | ≈ 267 | 15 % | Bruts conventionnels à très bas coût |
| Iran | ≈ 209 | 12 % | |
| Canada | ≈ 163 | 10 % | Sables bitumineux de l'Alberta pour l'essentiel |
| Irak | ≈ 145 | 8 % | |
| Émirats arabes unis | ≈ 113 | 7 % | |
| Koweït | ≈ 102 | 6 % | |
| Russie | ≈ 80 à 108 | 5-6 % | Selon la source |
| Libye | ≈ 48 | 3 % | Premières réserves d'Afrique |
| États-Unis | ≈ 48 | 3 % | Réserves de schiste réévaluées chaque année par l'EIA |
| Nigeria | ≈ 37 | 2 % | |
| Kazakhstan | ≈ 30 | 2 % | |
| Monde | ≈ 1 700 | 100 % | Dont près de 80 % dans les pays de l'OPEP, selon l'OPEP |
Les chiffres du Moyen-Orient ont fait l'objet de fortes révisions à la hausse à la fin des années 1980, quand l'OPEP a indexé les quotas sur les réserves déclarées ; ils n'ont guère bougé depuis malgré des décennies d'extraction. Les géologues en débattent toujours. À l'inverse, les réserves américaines varient chaque année avec le prix : elles ont reculé en 2020 (baril bas) et progressé en 2022.
Combien d'années de pétrole reste-t-il ?
Le ratio réserves sur production (R/P) divise les réserves prouvées par la production annuelle : environ 1 700 milliards de barils divisés par 30 milliards par an donnent un peu plus de cinquante ans. Ce chiffre est à peu près le même depuis les années 1980, et il ne signifie pas que le pétrole s'arrêtera en 2075 : il mesure l'inventaire que l'industrie juge utile de prouver, pas la quantité totale. Il varie beaucoup par pays : plus de cent ans pour le Venezuela, le Canada, l'Iran ou l'Irak à leur rythme actuel ; une dizaine d'années pour les États-Unis, qui renouvellent leurs réserves en permanence par le forage. La question pertinente n'est plus « quand manquera-t-on de pétrole ? » mais « à quel prix et avec quelles émissions le produira-t-on ? » ; la page pic pétrolier explique le passage du pic d'offre au pic de demande.
Réserves prouvées et réserves stratégiques : deux choses différentes
Les réserves stratégiques ne sont pas du pétrole sous terre mais des stocks de brut et de produits, déjà extraits, conservés pour parer à une rupture d'approvisionnement. Depuis le premier choc pétrolier, les pays membres de l'Agence internationale de l'énergie doivent détenir l'équivalent de 90 jours d'importations nettes.
La réserve stratégique américaine (SPR)
Créée en 1975, stockée dans des cavernes de sel du Texas et de la Louisiane, elle a une capacité de 714 millions de barils. Après la libération record de 180 millions de barils décidée en mars 2022 pour contrer la hausse liée à la guerre en Ukraine, son niveau est tombé en 2023 à environ 350 millions de barils, son plus bas depuis 1983 ; le gouvernement américain la reconstitue depuis par des achats quand le WTI est bas. Son niveau hebdomadaire figure dans le rapport de l'EIA du mercredi.
Les stocks stratégiques français
La France impose aux opérateurs pétroliers de détenir des stocks de sécurité égaux à 29,5 % des quantités mises à la consommation l'année précédente, soit l'équivalent d'environ trois mois de consommation (code de l'énergie, articles L. 642-1 et suivants). L'essentiel est géré par la SAGESS, société anonyme créée en 1988, pour le compte du Comité professionnel des stocks stratégiques pétroliers (CPSSP), dans des dépôts répartis sur le territoire : de l'ordre de 17 millions de mètres cubes de produits. Ces stocks ont été mobilisés en 2022 dans le cadre des actions coordonnées de l'AIE.
Ce que les réserves font au prix
Les réserves prouvées n'influencent pas le cours du jour : elles mesurent le long terme. Les stocks stratégiques et surtout les stocks commerciaux, eux, le font directement : une libération de réserve stratégique ajoute de l'offre immédiate, et le niveau des stocks commerciaux de l'OCDE ou de Cushing indique si le marché est en excédent ou en déficit. Le dossier marché du pétrole explique ce rôle d'amortisseur ; la page pays producteurs montre pourquoi les premières réserves (Venezuela) ne font pas les premiers producteurs.