L'OPEP et l'OPEP+ : le cartel qui pèse sur le baril
L'Organisation des pays exportateurs de pétrole regroupe douze États qui produisent un peu moins de 40 % du brut mondial et détiennent, selon ses propres chiffres, près de 80 % des réserves prouvées. Depuis 2016, elle coordonne sa production avec dix autres pays, dont la Russie, au sein de l'OPEP+. Ses réunions sont les rendez-vous les plus suivis du marché pétrolier.
Mis à jour le 9 octobre 2026 · Dossier Le marché du pétrole
Qu'est-ce que l'OPEP ?
L'OPEP (en anglais OPEC) est une organisation intergouvernementale fondée à Bagdad le 14 septembre 1960 par cinq pays : l'Arabie saoudite, l'Irak, l'Iran, le Koweït et le Venezuela. Son but, inscrit dans ses statuts, est de « coordonner et unifier les politiques pétrolières » de ses membres pour garantir des prix « stables et équitables » et un approvisionnement régulier des consommateurs. Son siège est à Vienne depuis 1965. Elle publie chaque mois un rapport sur le marché pétrolier (Monthly Oil Market Report) et, chaque automne, des perspectives à long terme (World Oil Outlook).Les douze membres
| Pays | Membre depuis | Remarque |
|---|---|---|
| Arabie saoudite | 1960 | Premier exportateur mondial, seul membre à disposer de capacités inutilisées importantes |
| Irak | 1960 | Deuxième producteur de l'OPEP |
| Iran | 1960 | Sous sanctions américaines, exempté de quota |
| Koweït | 1960 | |
| Venezuela | 1960 | Premières réserves mondiales, production effondrée, exempté de quota |
| Libye | 1962 | Exemptée de quota depuis 2016 en raison du conflit |
| Émirats arabes unis | 1967 | |
| Algérie | 1969 | |
| Nigeria | 1971 | Premier producteur africain |
| Gabon | 1975, puis 2016 | A quitté l'organisation de 1995 à 2016 |
| Guinée équatoriale | 2017 | |
| Congo | 2018 |
L'OPEP+ : l'alliance avec la Russie
Le 30 novembre 2016, après deux ans de guerre des parts de marché contre le pétrole de schiste américain et un baril tombé sous 30 dollars, l'OPEP décide à Vienne sa première réduction de production depuis 2008. Le 10 décembre, dix producteurs non membres, dont la Russie, le Kazakhstan, le Mexique, Oman et l'Azerbaïdjan, s'y associent par la « Déclaration de coopération » : c'est l'OPEP+. L'alliance représente près de la moitié de la production mondiale. Elle est pilotée par l'Arabie saoudite et la Russie, et se réunit en formation plénière ou en comité ministériel de suivi (JMMC) ; depuis 2023, un groupe de huit pays (Arabie saoudite, Russie, Irak, Émirats, Koweït, Kazakhstan, Algérie, Oman) décide seul des coupes volontaires.Comment fonctionnent les quotas
L'OPEP+ fixe à chaque membre un niveau de production de référence et un objectif, exprimés en milliers de barils par jour. L'écart entre les deux est la « coupe ». Le respect des quotas (la « conformité ») est mesuré à partir d'estimations de sources secondaires (agences, cabinets) et non des déclarations des pays, qui ont intérêt à surestimer leur base. L'Iran, la Libye et le Venezuela sont exemptés ; certains membres (Irak, Kazakhstan, Émirats) dépassent régulièrement leur objectif, ce qui alimente les tensions internes. Les capacités inutilisées, concentrées en Arabie saoudite et aux Émirats, sont le vrai levier : elles permettent de compenser une rupture d'approvisionnement ou de punir un pays indiscipliné en inondant le marché.Ce que les décisions de l'OPEP ont fait au prix
- Octobre 1973 : embargo des membres arabes pendant la guerre du Kippour, prix multiplié par quatre en quelques mois. Voir chocs pétroliers.
- 1986 : l'Arabie saoudite renonce à son rôle de producteur d'appoint et rouvre les vannes ; le baril tombe de 27 à 10 dollars.
- Décembre 2008 : coupe record de 4,2 Mb/j après la chute à 34 dollars ; le prix double en 2009.
- 27 novembre 2014 : refus de réduire la production face au schiste américain ; le Brent perd encore la moitié de sa valeur en un an.
- 30 novembre 2016 : naissance de l'OPEP+, coupe de 1,8 Mb/j avec les alliés ; retour vers 60-80 dollars.
- Mars 2020 : échec des négociations avec la Russie, guerre des prix saoudienne, puis coupe record de 9,7 Mb/j en avril au plus fort de la pandémie.
- Octobre 2022 : coupe de 2 Mb/j malgré les demandes américaines, puis coupes volontaires en 2023 (1,66 Mb/j, et 1 Mb/j saoudien supplémentaire à partir de juillet).
- Avril 2025 : huit pays commencent à rétablir 2,2 Mb/j de coupes volontaires, à un rythme accéléré au printemps ; le marché passe en excédent.