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Choc pétrolier : les huit épisodes, de 1973 à 2022

Un choc pétrolier est une variation brutale du prix du baril, le plus souvent une hausse provoquée par une rupture d'offre, parfois une chute quand l'offre déborde. Le XXᵉ siècle en a connu trois majeurs (1973, 1979, 1986) ; le XXIᵉ en a déjà vécu quatre (2008, 2014, 2020, 2022). Leur point commun : un marché rigide à court terme, où quelques pour cent de déséquilibre font des dizaines de pour cent de prix.

Mis à jour le 9 octobre 2026 · Dossier Le marché du pétrole

Qu'est-ce qu'un choc pétrolier ?

Le terme désigne une hausse rapide et forte du prix du pétrole qui se propage à toute l'économie : inflation, récession, transferts de richesse des pays importateurs vers les exportateurs. Par extension, on parle de « contre-choc » pour une chute brutale. La mesure du choc n'est pas seulement le prix atteint mais la vitesse : un doublement en quelques mois est un choc, un doublement en cinq ans une tendance. Le dossier marché du pétrole explique pourquoi le pétrole y est plus sujet que d'autres matières premières ; voici les épisodes, dans l'ordre.

1973 : le premier choc

Le 6 octobre 1973, l'Égypte et la Syrie attaquent Israël (guerre du Kippour). Le 16 octobre, les producteurs du Golfe relèvent unilatéralement de 70 % le prix affiché de leur brut ; le lendemain, les membres arabes de l'OPEP décident un embargo contre les États-Unis et les Pays-Bas et des réductions de production. En trois mois, le prix du baril passe d'environ 3 à près de 12 dollars : il quadruple. L'embargo est levé en mars 1974, mais le prix ne redescend pas. Les conséquences sont durables : récession de 1974-1975 dans les pays industrialisés, création de l'Agence internationale de l'énergie et des stocks stratégiques, programme nucléaire français, limitations de vitesse et chasse au gaspillage. En France, l'inflation dépasse 13 % en 1974.

1979-1980 : le second choc

La révolution iranienne interrompt la production du deuxième exportateur de l'OPEP à partir de la fin 1978 ; la guerre entre l'Irak et l'Iran, déclenchée en septembre 1980, aggrave la pénurie. Le baril passe d'environ 13 dollars en 1978 à 35-40 dollars en 1980-1981, soit un triplement. En dollars constants, ce pic de 1980 reste comparable aux sommets de 2008. Les pays consommateurs réagissent par une politique monétaire très restrictive (taux américains à 20 %) et une récession mondiale en 1980-1982, et surtout par des économies d'énergie durables : la demande de pétrole de l'OCDE met vingt ans à retrouver son niveau de 1979.

1986 : le contre-choc

La demande affaiblie, l'arrivée de nouveaux producteurs (mer du Nord, Alaska, Mexique) et la tricherie des membres de l'OPEP sur leurs quotas obligent l'Arabie saoudite à réduire sa production de 10 à moins de 3 Mb/j pour soutenir le prix. En décembre 1985, elle renonce à ce rôle de producteur d'appoint et rouvre les vannes : le baril tombe de 27 dollars à moins de 10 dollars en quelques mois en 1986. Ce contre-choc ruine les producteurs à coûts élevés, dont une partie du Texas, fragilise l'URSS et nourrit quinze ans de pétrole bon marché.

1990-1991 : la guerre du Golfe

L'invasion du Koweït par l'Irak, le 2 août 1990, retire d'un coup 4 Mb/j du marché (production irakienne et koweïtienne sous embargo) : le baril double en deux mois, de 17 à plus de 40 dollars en octobre 1990. Le choc est bref : l'Arabie saoudite augmente sa production, les stocks stratégiques sont libérés pour la première fois en janvier 1991, et le prix retombe sous 20 dollars dès la fin de l'opération Tempête du désert, en février 1991.

1998 : le creux asiatique

La crise financière asiatique de 1997 fait chuter la demande au moment où l'OPEP venait d'augmenter ses quotas : le Brent tombe sous 10 dollars en décembre 1998, son plus bas en dollars constants depuis 1973. Les fusions des grandes compagnies (Exxon-Mobil, BP-Amoco, Total-Fina-Elf) datent de cette période de prix bas.

2008 : le pic et la crise financière

Après cinq ans de hausse portée par la Chine, un dollar faible et la stagnation de l'offre hors OPEP, le baril atteint 147 dollars en séance le 11 juillet 2008. La faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre, précipite la récession mondiale : le WTI tombe à 33,87 dollars en clôture le 19 décembre 2008, une chute de plus de 75 % en cinq mois. L'OPEP répond par une coupe record de 4,2 Mb/j et le prix remonte vers 70-80 dollars en 2009. L'année 2008 mois par mois.

2014-2016 : le contre-choc du schiste

Entre 2011 et 2014, le Brent reste au-dessus de 100 dollars, ce qui finance l'essor du pétrole de schiste américain : la production des États-Unis gagne plus d'un million de barils par jour par an. À partir de juin 2014, l'excédent devient visible ; le 27 novembre 2014, l'OPEP refuse de couper pour défendre ses parts de marché. Le Brent passe de 115 dollars (juin 2014) à 27,88 dollars le 20 janvier 2016, soit −76 %. L'accord OPEP+ du 30 novembre 2016 met fin à la guerre des prix. Pages 2014, 2015 et 2016.

2020 : la pandémie et le prix négatif

Les confinements font chuter la demande mondiale d'environ un quart en avril 2020, au moment où l'Arabie saoudite et la Russie se livrent une guerre des prix après l'échec de l'OPEP+ du 6 mars. Le Brent perd 24 % le 9 mars, puis tombe sous 20 dollars le 21 avril ; la veille, le contrat WTI de mai, arrivé à expiration alors que les réservoirs de Cushing étaient presque pleins, avait réglé à −37,63 dollars : le seul prix négatif de l'histoire du pétrole. La coupe record de l'OPEP+ (9,7 Mb/j) et la reprise ramènent le baril à 50 dollars en fin d'année. L'année 2020 en détail.

2022 : la guerre en Ukraine

L'invasion de l'Ukraine par la Russie, deuxième exportateur mondial, le 24 février 2022, propulse le Brent à 139 dollars en séance le 7 mars et à 127,98 dollars en clôture le 8 mars, son plus haut depuis 2008. L'Europe, qui importait un quart de son brut de Russie, décrète un embargo sur le brut par voie maritime au 5 décembre 2022 et sur les produits raffinés en février 2023 ; le G7 plafonne le prix du brut russe à 60 dollars. Les États-Unis libèrent 180 millions de barils de réserve stratégique. L'euro passant sous la parité avec le dollar, le baril en euros atteint un record absolu. Le choc se résorbe au second semestre, la Russie ayant réorienté ses exportations vers l'Inde et la Chine. L'année 2022 mois par mois.

Ce que les chocs ont en commun

ChocCauseMouvement du prixDurée du pic
1973Embargo arabe, hausse des prix affichés× 4 (3 → 12 $)Durable
1979-80Révolution iranienne, guerre Iran-Irak× 3 (13 → 35-40 $)Plusieurs années
1986Arabie saoudite rouvre les vannes÷ 3 (27 → moins de 10 $)Quinze ans de prix bas
1990Invasion du Koweït× 2 (17 → 40 $)Six mois
2008Boom puis crise financière147 → 34 $ (−77 %)Un an
2014-16Schiste, OPEP ne coupe pas115 → 28 $ (−76 %)Deux ans
2020Pandémie, guerre des prixBrent < 20 $, WTI −37,63 $Quelques mois
2022Invasion de l'Ukraine78 → 128 $ en clôtureSix mois
Les chocs de hausse viennent de l'offre et du Moyen-Orient ; les chocs de baisse viennent de la demande (1998, 2008, 2020) ou d'une rupture de stratégie du cartel (1986, 2014). Tous se résorbent, en six mois ou en dix ans, par les ajustements qu'ils déclenchent : économies d'énergie, nouveaux gisements, substitution. C'est la leçon à garder pour lire la variation du jour et les prévisions.

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Questions fréquentes

Quels sont les deux chocs pétroliers ?

Le premier choc de 1973 (guerre du Kippour, embargo arabe, prix multiplié par quatre) et le second choc de 1979-1980 (révolution iranienne puis guerre Iran-Irak, prix multiplié par trois). On parle aussi de contre-choc pour la chute de 1986.

Quelle a été la conséquence du premier choc pétrolier en France ?

Une inflation supérieure à 13 % en 1974, la fin des Trente Glorieuses et la récession de 1975, puis des politiques d'économie d'énergie (chasse au gaspillage, heure d'été, limitations de vitesse) et le lancement du programme électronucléaire (plan Messmer, 1974).

Y a-t-il eu un choc pétrolier en 2022 ?

Oui : l'invasion de l'Ukraine a porté le Brent à 139 dollars en séance le 7 mars 2022 et a provoqué un embargo européen sur le pétrole russe. En euros, le baril a atteint un record absolu. Les économistes le classent parmi les chocs, bien que le prix soit retombé en six mois.

Un troisième choc pétrolier est-il possible ?

Une rupture majeure (fermeture du détroit d'Ormuz, par exemple) provoquerait une hausse brutale. Mais le marché a changé : production américaine record, stocks stratégiques, part du pétrole dans l'économie divisée par deux depuis 1973, ce qui réduirait l'ampleur et la durée du choc.