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Prévision du prix du pétrole : comment lire les scénarios

Aucune prévision du prix du pétrole ne dit où sera le baril dans six mois, et ce site n'en publie pas. Mais les agences de l'énergie et les banques en produisent chaque mois, et le marché à terme en contient une implicitement. Savoir qui prévoit quoi, sur quelles hypothèses et avec quel historique d'erreurs, vaut mieux qu'un chiffre.

Mis à jour le 9 octobre 2026 · Dossier Le marché du pétrole

Qui prévoit le prix du pétrole ?

L'Agence internationale de l'énergie (AIE)

Créée en 1974 par les pays consommateurs de l'OCDE, l'AIE publie chaque mois un rapport sur le marché pétrolier (Oil Market Report) qui ne prévoit pas le prix mais le bilan offre-demande à un ou deux ans : croissance de la demande, production hors OPEP+, « appel à l'OPEP », variation des stocks. C'est ce bilan que le marché lit pour anticiper la direction du prix. Son rapport annuel à moyen terme (Oil 2025) anticipe un plateau de la demande mondiale autour de 105 à 106 Mb/j avant 2030, porté par les véhicules électriques, l'efficacité énergétique et le ralentissement chinois.

L'EIA américaine

L'Agence d'information sur l'énergie du gouvernement américain publie chaque mois des perspectives à court terme (Short-Term Energy Outlook) avec, elle, un prix explicite du Brent et du WTI pour l'année en cours et la suivante, ainsi que des intervalles de confiance tirés des options. Elle est la seule source officielle à donner un chiffre ; c'est aussi la plus souvent citée pour ses erreurs, parce qu'elle s'expose.

L'OPEP

Le rapport mensuel de l'OPEP donne son estimation de la demande et de l'offre hors OPEP ; ses perspectives à long terme (World Oil Outlook) ne prévoient aucun pic de la demande et tablent sur plus de 120 Mb/j en 2050. L'écart avec l'AIE, de plusieurs millions de barils par jour dès 2030, tient aux hypothèses sur l'électrification des transports et la croissance des pays émergents : chaque institution défend aussi la vision de ses mandants.

Les banques et les cabinets

Goldman Sachs, Morgan Stanley, JPMorgan, Citi et d'autres publient des objectifs de prix trimestriels ou annuels, révisés en permanence. Leurs écarts sont la norme : à la même date, deux grandes banques peuvent viser 60 et 90 dollars à douze mois. Ces prévisions font bouger le marché le jour de leur publication, ce qui dit leur influence, pas leur exactitude.

Pourquoi les prévisions se trompent

  • Les chocs ne se prévoient pas. Aucun scénario de janvier 2020 ne contenait une chute de la demande d'un quart en avril ; aucun de janvier 2022 n'intégrait l'invasion de l'Ukraine. Les chocs pétroliers sont, par définition, hors modèle.
  • L'OPEP+ décide après avoir lu les prévisions. Si les agences annoncent un excédent, le cartel coupe ; la prévision modifie l'événement qu'elle décrit.
  • La demande chinoise est mal mesurée. Les écarts d'estimation de la consommation chinoise d'une agence à l'autre dépassent souvent un million de barils par jour, l'ordre de grandeur qui fait le prix.
  • Le schiste surprend toujours. La production américaine a dépassé presque chaque année les prévisions de l'EIA entre 2017 et 2024, grâce aux gains de productivité des puits.
  • Le dollar et les taux sont des variables financières que les modèles pétroliers prennent en entrée sans les prévoir.
Les études rétrospectives montrent que la prévision « naïve » (le prix de demain sera celui d'aujourd'hui, ou le prix du contrat à terme) fait aussi bien, à un an, que la moyenne des prévisions d'experts. C'est une bonne raison de regarder d'abord la courbe des contrats.

La courbe des contrats à terme : la prévision du marché

Sur l'ICE et le NYMEX, le Brent et le WTI cotent pour des dizaines d'échéances mensuelles, parfois jusqu'à dix ans. La courbe de ces prix est la meilleure synthèse disponible des anticipations : non pas une prédiction, mais le prix auquel acheteurs et vendeurs acceptent aujourd'hui de s'engager pour une livraison future.
  • En backwardation (échéances lointaines moins chères que la proche), le marché est tendu aujourd'hui et attend une détente : stocks bas, prime pour la livraison immédiate. C'était le cas pendant la plus grande partie de 2022.
  • En contango (échéances lointaines plus chères), le marché est en excédent : il paie pour stocker en attendant des jours meilleurs. Le contango d'avril 2020 était si fort que des négociants ont affrété des pétroliers comme réservoirs flottants.
La partie longue de la courbe (cinq ans et plus) bouge peu : elle reflète le coût marginal des nouveaux projets, que l'industrie situe entre 50 et 70 dollars selon les gisements. C'est un ancrage utile pour relativiser les mouvements du cours du jour.

Comment utiliser une prévision

Lire une prévision, c'est lire ses hypothèses. Une prévision de baisse repose en général sur une production américaine forte, une demande chinoise faible et un OPEP+ qui rouvre les vannes ; une prévision de hausse sur des coupes prolongées, des stocks bas et un risque géopolitique. Suivre ensuite les données qui confirment ou infirment ces hypothèses (stocks hebdomadaires de l'EIA, rapports mensuels, décisions de l'OPEP+) vaut mieux que suivre la révision du chiffre. Le dossier marché du pétrole donne la grille, la page pourquoi le pétrole baisse ou monte les causes habituelles, et l'historique permet de vérifier, année après année, ce que les prévisions de l'époque valaient.

Pour un particulier

Pour un ménage qui se chauffe au fioul ou roule beaucoup, la question n'est pas « le baril va-t-il monter ? » mais « quand acheter ? ». La page pétrole et prix du fioul montre que le prix du fioul suit le Brent avec quelques semaines de retard et une saisonnalité (livraisons moins chères en été) ; la page du baril à la pompe rappelle que le brut ne pèse qu'un tiers environ du prix du litre. Aucune prévision ne vaut un achat étalé.

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Questions fréquentes

Le prix du pétrole va-t-il baisser ?

Personne ne le sait. Les scénarios de baisse supposent une production américaine forte, une demande chinoise molle et un OPEP+ qui augmente sa production ; ceux de hausse, des coupes prolongées, des stocks bas ou un choc géopolitique. La courbe des contrats à terme donne le prix auquel le marché accepte de s'engager pour les mois à venir.

Qui fait les meilleures prévisions du prix du pétrole ?

Aucune source ne bat durablement le marché. Les études montrent que le prix des contrats à terme fait aussi bien, à un an, que la moyenne des prévisions des banques et des agences. L'EIA est la seule institution publique à publier un prix explicite.

Quel sera le prix du baril en 2030 ?

Les scénarios divergent fortement : l'AIE anticipe un plateau de la demande avant 2030, l'OPEP une croissance continue jusqu'en 2050. Le coût des nouveaux projets, entre 50 et 70 dollars, sert d'ancrage à long terme, mais le prix d'une année donnée dépend des chocs qu'on ne prévoit pas.

Que sont les contrats à terme sur le pétrole ?

Des engagements d'acheter ou de vendre 1 000 barils à une date future et à un prix fixé aujourd'hui, cotés sur l'ICE (Brent) et le NYMEX (WTI). Le cours affiché sur ce site est celui du contrat le plus proche ; la courbe de toutes les échéances révèle les anticipations du marché.