Le pic pétrolier : de la peur du manque au pic de la demande
Le pic pétrolier (peak oil) désigne le moment où la production mondiale de pétrole atteint son maximum avant de décliner. Prédit pour les années 2000 par les héritiers du géologue Hubbert, il a été repoussé par le pétrole de schiste, les eaux profondes et les prix élevés. Le débat porte désormais sur le pic de la demande : l'AIE l'attend avant 2030, l'OPEP ne le voit pas avant 2050. Pour le prix du baril, les deux pics n'ont pas les mêmes conséquences.
Mis à jour le 9 octobre 2026 · Dossier Le pétrole expliqué
Hubbert et la courbe en cloche
En 1956, le géologue de Shell Marion King Hubbert observe que la production d'un gisement, puis d'une région, suit une courbe en cloche : elle croît, culmine quand environ la moitié des réserves a été extraite, puis décline. Appliquant ce modèle aux États-Unis, il prédit un pic de la production américaine entre 1965 et 1970 : il a lieu en 1970, à 9,6 millions de barils par jour, suivi de quarante ans de déclin. Le succès de cette prédiction a fondé l'idée d'un pic mondial, que les mêmes méthodes situaient entre 2000 et 2010.Le pic qui n'a pas eu lieu, ou pas comme prévu
L'Agence internationale de l'énergie a écrit en 2010 que la production de pétrole brut conventionnel avait atteint son maximum en 2006, autour de 70 millions de barils par jour, et qu'elle ne le dépasserait plus. Elle avait raison sur ce point : mais la production totale de pétrole a continué de croître, de 85 Mb/j en 2006 à plus de 100 Mb/j, grâce à des ressources que Hubbert ne comptait pas : le pétrole de schiste américain, les eaux profondes du Brésil et de Guyana, les sables bitumineux du Canada, les liquides de gaz naturel et les biocarburants. Les États-Unis eux-mêmes ont dépassé leur pic de 1970 en 2018 et produisent aujourd'hui plus de 13 Mb/j. La leçon : le pic dépend de la technique et du prix autant que de la géologie, et les réserves ne sont pas un stock fixe.Du pic de l'offre au pic de la demande
Dans les années 2010, le débat s'est retourné. Avec l'électrification des transports, les gains d'efficacité et les politiques climatiques, la question n'est plus « quand le pétrole manquera-t-il ? » mais « quand cessera-t-on d'en vouloir davantage ? ». Deux visions s'opposent :- L'AIE (rapport Oil 2025) anticipe un plateau de la demande mondiale autour de 105 à 106 Mb/j avant 2030, puis un lent déclin dans ses scénarios de politiques annoncées, et une chute rapide dans son scénario de neutralité carbone en 2050 (moins de 25 Mb/j). Moteurs : véhicules électriques (près d'un cinquième des ventes mondiales de voitures neuves), ralentissement chinois, efficacité, substitution dans l'électricité et le chauffage.
- L'OPEP (World Oil Outlook 2024) ne voit pas de pic avant 2050 et prévoit plus de 120 Mb/j, portés par l'Inde, l'Afrique, l'Asie du Sud-Est, l'aviation et la pétrochimie. Elle accuse l'AIE de décourager les investissements et de préparer une pénurie.